Volontaires en mission

le blog des volontaires de la Délégation Catholique pour la Coopération

BOFFA

Pas de commentaires

BOFFA, les conditions de vie de la Guinée résumées en une semaine

Depuis mes premiers mois j’en avais entendu parler,

BOFFA, BOFFA, BOFFA,

Amélie tu vas faire Boffa ? heu…. Vu tout ce que tu me racontes j’hésite…

Non mais une foté elle peut pas faire Boffa,

Amélie tu vas vraiment faire Boffa ?

« non mais tu sais sinon tu arrives le mardi, ça fait deux jours en moins »,

Boffa on commence au début sinon on ne le vit pas entièrement.

« Toute façon tout est dans le mental »

Tu fais Boffa alors ? (genre complètement sceptique, tu sais pas ce qui t’attends ma cocotte)

Et ben OUI ! Justement pour te montrer que les Foté sont capables, et pour comprendre aussi la manière de croire ici, la manière de prier, la manière de vivre sa foi.

On était 5 fotés à le faire entièrement et à tenir, un frère, un prêtre et trois volontaires, un a lâché, une autre nous a rejoins en route.

Boffa, une ville à 150 kilos de Conakry. La ville où les premiers missionnaires catholiques sont arrivés. L’Eglise de Guinée a 100 ans, c’est vraiment jeune.

Le 49e pèlerinage annuel avec toutes les paroisses de Conakry et alentours.

Mon plus grand défi physique,

150 Kilomètres en 4 nuits de marche, rythme militaire, on marche 3 heures, dors 2 heures, réveil, marche 2 heures, pause, pas le temps de s’endormir on y va,  au pas de course, chants, prières, galères, boule quies, arrivée, déroule ta natte, enlève tes chaussures, allonges-toi sur le goudron ou sur la terre, lèves-toi, douche, douche ? ça c’est une douche ? on court dans les montées, il y a un tronçon appelé Golgotha, on chante pour oublier, pour avancer, pour prier, pour crier, pour ne pas pleurer, pour hurler à toutes ces inégalités du monde et surtout ne te plains pas.

LES GUINEENS M’IMPRESSIONNENT on ne leur arrive pas à la cheville je vous assure.

Boffa c’est rude, comme la vie en Guinée, tu cherches l’eau, t’en trouves pas, t’en trouves elle est tellement verte et puis non toute façon on l’a désinfectée c’est bon on peut se laver, tu manges juste pour te nourrir, tu as mal tu ne te plains pas, tu résistes, tu es solidaire, tu partages, tu es heureux, tu portes des intentions qu’on t’a confiées, t’avances, t’avances, on avance, dans la vie on ne regarde pas en arrière, on est ensemble, wontanara.

Leur pénitence annuelle.

C’est tellement beau à voir, leur joie est incommensurable. Et parfois je me dis mais POURQUOI ils s’imposent une telle douleur, un tel défi mais ça sert à quoi ???

TOUT N’ETAIT QUE JOIE.

Après les 4 jours de marche nous sommes restés la fin de la semaine à Boffa avec les autres pèlerins venus nous rejoindre.

Un monde impressionnant, toutes les générations mais des jeunes surtout, des jeunes des jeunes et encore des jeunes, des milliers, au moins une quarantaine de prêtres, l’évêque, le cardinal, le nonce apostolique.

DSC04959.JPG

Il faut faire sa place dans un pays musulman, témoigner, se montrer, crier sa joie d’être chrétien.

Je pense qu’à notre arrivée à Boffa, toute la population le long des routes, qui nous voyait arriver en chantant a dû être impressionnée.

Les 4 jours suivant même sans marche ne sont pas plus reposants, debout 5-6heures avec le jour, on trie le riz, lave les légumes, balaye, lave, lessive, cherche l’eau, cherche un seau, cherche le bois pour la marmite : travail quotidien. Tu vas pas à la prière ? non je prépare le riz…

Les femmes travaillent… et les hommes ???

« Tantie Justine je peux t’aider pour la cuisine ? »

Elle réfléchit…. (est-ce que je vais filer mes fourneaux à une foté)

Non, mais tu peux pas couper les légumes attends un peu, elle me montre son giga-couteau. « Ba si pourquoi ce sont des aubergines, je peux couper des aubergines t’inquiète pas ! »

DSC04935.JPG

Tantie Justine à la cuisine

C’est aussi bon de leur montrer qu’on est capables les foté de faire comme eux, de faire la vaisselle, qu’on ne soit pas des assistés !

Mais parfois :

Un ami : « Amélie tu laves mon linge ? » Et là j’ai pensé très fort:  « Mon ami tu rêves, tu prends ton savon, tu cherches ton eau  et ton seau et tu frottes, c’est pas la foté qui va te laver ton linge !

Ça va non !! mais il faut voir les femmes, sur le ton de la blague quelqu’un m’a dit « elles n’ont pas voix au chapitre les femmes africaines», sur le ton de la blague mon œil…

Une conviction incroyable

La rage de vivre est énorme, ici la vie est un combat quotidien, tu te bats pour 3 sous mais tu n’es que joie.

Une conviction, une résistance, une foi, une détermination, je n’avais jamais vu ça.

DSC04899.JPG

Boffa c’est la semaine qui m’a le plus marquée depuis le début, qui m’a vraiment fait comprendre les conditions de vie rudes, les inégalités qui me dégoûtent avec les pays occidentaux.

Le cardinal Robert Sarah, une personne exceptionnelle, guinéen nommé près du pape, responsable de la caritas du monde, il a marché avec nous, certains le rêve en tant que premier pape africain. Et lui de dire « En Europe là-bas dans l’avion vous vous asseyez à côté d’une valise, personne ne se parle », et c’est vrai, ici on demande 15 fois par jour comment ça va, bien dormi ? bonne digestion, bonne nuit, invitation, on parle, on rit, on chante, on discute, c’est vivant !

« La charité opère dans la foi, la charité guérit l’âme » Cardinal Robert Sarah

Leur façon de croire, de prier est belle, ils sont convaincus, tous les jeunes, TOUS. Ils sont convaincus de leur foi.

DSC04920

Chemise repassée, pantalon de costume, chaussure qui brillent « Dis-donc t’es bien sapé là ! » et l’autre de répondre en allant à la messe très sérieusement « Rien n’est trop beau pour Dieu ».

Même en pèlerinage, ils sont en train de cirer leurs chaussures, chemise, veste, parfum, comme pour un mariage.

Habillés comme pour un mariage !! les femmes avec leurs basins, leurs complets, leur coiffe, leurs bijoux. Un vrai défilé.

Boffa, je l’ai fait

« Amélie vraiment t’as été brave »

« Félicitations »

« Tu as marché ? toute la marche ? » bravo vraiment

« elle a été courageuse la blanche »

DSC04989.JPG

Back from Boffa: 4h de pick-up, ça décoiffe

Oui maintenant, je vais mettre un mois à m’en remettre, je suis complètement décalquée, mais j’ai compris tellement de chose,

Il faut le vivre pour le comprendre, se lever à 6heures avec eux, trier le riz avec eux, prier avec eux. Il faut le vivre pour le croire.

La vie en France est tellement facile… c’est révoltant.

Prolonge, prolonge pas ??

Mon éternelle question depuis des mois, un jour oui, un jour non.

Maintenant que je suis bien intégrée, que ma mission est top, que j’ai des amis, des vrais amis complètement ouf, que j’aime tellement ce pays, que la joie est tellement énorme, que je suis tellement heureuse que je pourrais capitaliser tout mon temps d’intégration, que je suis habituée aux conditions de vie, que je connais les codes pas tous mais assez, que la vie est extraordinaire, que j’aime tellement la Guinée.

Et puis je crois qu’il faut reconnaître ses limites, je crois qu’un an de plus je n’en serais pas capable, je crois que la vie est dure, que toute seule c’est dur, que je suis fatiguée, mon estomac m’a lâchée, la biseptine c’est de la rigolade en Afrique, que les antibio ça me saoul, qu’un litre d’eau par douche, la bougie le soir encore un an j’y crois pas trop…. Même avec tout le courage du monde… La Guinée c’est dur, c’est épuisant, ça rince, ça aiguise les émotions.

Je n’ai pas ce courage de me donner et de m’oublier encore un an,  c’est égoïste mais je crois que là j’ai atteint ma limite. Et  puis j’ai envie de rentrer, de vous revoir.

Come back en août ou un peu après jusqu’à l’arrivée d’un remplaçant je l’espère fortement. Je ne suis pas du tout dans le retour, je pensais qu’il serait facile, je sais à quoi m’attendre, mais je crois aussi que ça va être dur, trop dur… de quitter les gens ici, la vie d’ici, la simplicité, la bonne humeur quotidienne pour reprendre mon train train de vie banale française. Mais après tout, on choisit sa vie, de s’ennuyer ou pas et pour ça j’ai déjà des nouveaux projets en tête…

DSCF4372.jpg

En attendant, tout passe trop vite, donc chaque instant compte, je vais certainement former une autre personne, coordonner le programme médical si j’y arrive et puis mes rééducations toujours plus variées : laryngectomie, fente palatine, trisomie 21, autisme, IMC, AVC j’en passe et des meilleures.

DSC04818.JPG

Déménagement

Il vous reste quelques mois pour vous envoler vers la Guinée et découvrir la vie d’ici, visiter mon nouveau chez-moi ! enfin j’ai déménagé !! 3e étage, pas d’eau, pas de courant, un frigo et lavabo juste pour la déco, camping mais au moins je suis chez moi, c’est ce qui compte. Vue sur la mer au loin, Conakry de haut, terrasse immense qui peut accueillir toute la famille cousins, tante, frères et voisins si vous voulez ! vous êtes bienvenus !! Conakry c’est la folie !

Maintenant j’ai le haut-parleur de l’imam en plein dans les oreilles toutes les nuits et il ne fait pas semblant on est sûrs de l’entendre !! j’ai pris le réflexe boule quies toutes les nuits à 4h45.

Demi-tour de Guinée

Mes frères et sœurs ont passé 10 jours en Guinée. Nous avons voyagé un peu à l’intérieur histoire de sortir de l’étouffante Conakry city.

Un périple….comment dire Aventurier.

Ma belle-sœur saurait vous vanter tout le bonheur de voyager avec nous !!!

Photo-205.jpg

Des petits problèmes de chauffeur, trois crevaisons, 30h de voyage au lieu de 10. une nuit dans la brousse à l’improviste accueillis par le chef du village et logés chez l’imam à dormir sur des nattes avec deux mangues et trois sachets d’eau pour tout le monde.

De la piste, de la piste et encore de la piste, pas de réseau pour prévenir qu’on est vivants, 200 000 de carburant siphonnés, 5 heures de détour sur la mauvaise route, la voiture qui ne démarre plus, au final, on a laissé notre chauffeur à Koundara, il n’aimait pas trop parler avec Aude ou moi, les femmes qui donnent des ordres c’est pas trop son truc, surtout il fonçait en disant « Koundara, moi tu dis que je connais pas Koundara » avec un œil défiant.

Oui mais en attendant il ne connaissait vraiment pas Koundara et c’était un vrai plan foireux mais au moins on a dormi chez l’imam, la chose qui ne nous arrive peut-être qu’une fois dans notre vie !! c’était pour une intégration culturelle hors norme…. On saura me remercier plus tard ;-)

Photo-029.jpg

Là-bas nous avons passé du temps avec des volontaires DCC, ça m’a fait beaucoup de bien de retrouver cet esprit que j’aime tant, de voir un peu comment on vit une coopé en brousse ce qui n’a rien à voir avec Conakry.

Nous avons poursuivis la route vers Labé, la 2e ville de Guinée, la plupart de mes collègues viennent de là-bas. Ville peul, nous avons été accueillis par la famille de la présidente, sa maman, ses oncles, ses tantes, ils nous fait toute l’histoire, un bain de culture, une gastronomie, un tour au marché, jeu de tarot, GROSSE PLUIE ma première depuis l’année dernière.

Dalaba avec Djouma qui nous a fait visiter toutes ses pépinières, ses ruches, ses champs de pommes de terre qui pousse en 3 mois, derrière on cultive des carottes, derrière des tomates, ça tourne toute l’année, la terre est riche, les légumes extra.

Ce guide est un guinéen rare, il se bat et il est impressionnant, il travaille dur, il connaît tous les noms des arbres et des plantes, il est très intéressant et on ne s’ennuie pas, passage vers les femmes pour la fabrication des léfa, négociation des tapettes, le pont de Dieu (cascade).

Nous avons continué vers Mamou, arrêt rapide chez d’autres volontaires, puis les chutes de Kilissi, une bonne baignade, et retour à Conakry, soirée à la plage avec les amis, le coffre plein de mangues, ananas, tomates pour leur offrir.

10 jours incroyables, tellement fatigants mais tellement reboostants.

J’étais heureuse de partager mon quotidien, de présenter les gens avec qui je travaille, mes amis, ma voisine, mes patients. Ils m’ont filé un bon coup de main et petit à petit je découvre des trésors culinaires à foison dans mes cartons :  du grand bonheur!

Je n’ai pas de mots, c’est bon de partager mon quotidien. Je ne peux que leur dire merci.

Photo-427.jpg

Anecdotes

-          Il n’est pas là le « peut-être » chauffeur ? – Bon on lui avait confié deux moutons la nuit mais un est mort, il est venu à 7h mais il doit s’expliquer avec le propriétaire et reviendra après.

-          Amélie tu ne retiens pas ces histoires de moutons j’espère !!!

A. 16 ans :

Chance

Chanter

Chanson

Chanteur

Quel est l’intrus ?

Chance.

D’accord et ça veut dire quoi avoir de la chance ?

Réponse : avoir la chance c’est celui qui part en Europe.

Aliou, il va pleuvoir là non ? il fait tellement chaud, tu as vu le ciel. « Ah ça je ne sais pas », mais il fait lourd là, « oui là je ne mens pas », la nuit peut-être alors ? « hé je peux pas te dire sinon ça trouvera que je suis menti et tu veux que je suis menti ?

La discussion qui sert à rien…

La pluie

Le première de l’année est arrivée une nuit à Conakry, un lundi soir fin avril, ça tapait sur les tôles mais j’ai savouré le bruit. Un moment j’ai hésité pour les boules quies mais non c’était bon d’entendre ce bruit. Elle est rare la pluie, à quand la prochaine??! Le ciel est tellement lourd.

Les mangues

Elles affluent toujours autant,

Un jour j’étais vraiment sceptique de voir le manguier de la cours encore avec des petites pousses de mangues alors qu’il avait donné en janvier. Je demande, ce sont des mangues qui vont pousser à nouveau ? ba oui. Mais c’est normal ? ba oui ça pousse 3 fois, 4 fois par an pendant 6 mois tu as des mangues.

Je comprends qu’on ne se soucie pas du lendemain, tout pousse ici…

Et moi de penser, non mais en France les cerisiers ça donne une fois et puis point barre comment c’est possible 4 fois sur le même arbre ??!

Un jour je monte dans un taxi, dans la rue on me dit : «  Ta propreté m’a embalisé, tu es soli, bien arrêtée, je veux t’épouser ». DANS TES RÊVES laisse-moi tranquille!

Ah oui, les élections n’auront pas lieu le 1er juillet comme annoncé, l’opposition manifeste aujourd’hui… tout est fermé, tout le monde reste campé, ça chauffe mais tranquillement pas de quoi s’inquiéter. De votre côté que notre nouveau président vous plaise ou non, soyez contents au moins on a des vrais élections, un vrai droit de parole!

Tchao banco à bientôt

Surtout n’oubliez pas de donnez-moi des nouvelles c’est important,

Portez vous bien

Amélie

Découvrir le blog de l’auteure

Cela fait plus de deux mois que les cours ont commencé ici, et je ne vous ai toujours pas raconté mes activités… Après avoir rédigé récemment deux bilans sur mon temps de volontariat (pour les ONG qui m’envoient), je prends maintenant le temps de vous partager un peu plus en détails ce que je vis ici au quotidien.

Soutien en mathématiques

Comme cela était évoqué dans ma lettre de mission, mon travail principal ici consiste à apporter un soutien aux élèves en mathématiques. Je travaille donc en lien avec les deux professeurs de mathématiques de l’établissement : pendant leurs heures de cours, je participe à la correction des exercices ou je réponds aux questions des élèves, en essayant de prendre le temps nécessaire avec ceux qui ont des difficultés. Mais je n’ai pas encore réussi à fixer mes méthodes de travail. C’est que je découvre peu à peu quelles sont les véritables difficultés rencontrées par les élèves, et bien entendu cela varie en fonction des enfants. J’ai cependant déjà orienté mon travail puisque je suis principalement présent aux plus jeunes, entre la première et troisième année de secondaire (par ordre décroissant d’implication). J’ai considéré (et cela se vérifie plus ou moins) que les plus âgés viendraient plus facilement me voir en cas de difficultés pendant leurs heures d’études, puisque ce sont eux qui me sollicitent le plus pour interagir.

J’ai essayé également de travailler avec quelques enfants le soir, à part, pendant leur heure d’étude, mais je sens qu’ils vivent cela comme une punition. J’ai abandonné l’idée pour essayer de la mettre en place différemment. Actuellement, je discute avec le sous-directeur, Jorge, pour qu’un groupe ciblé ait cours à part avec moi, pendant les classes de mathématiques, pour reprendre les bases et tenter de rattrapper le retard. Il faut dire que les différences de niveau sont assez importantes : en première année, certains ne savent pas faire les soustractions, multiplications et divisions, et savent à peine additionner, alors que d’autres font des divisions avec un diviseur à trois chiffres sans problèmes. Il n’est alors pas rare de voir une classe dans laquelle le professeur passe du temps à expliquer les méthodes de calcul aux jeunes qui éprouvent des difficultés, tandis que les autres chahutent autour.

Je pense que ce temps que je passe avec les élèves leur permet d’être accompagné personnellement dans leurs difficultés et de recevoir, quand c’est possible, des méthodes de travail adaptées à leur situation scolaire. Le fait que je ne sois pas tout à fait comme leurs professeurs (notamment le fait que je prenne du temps le soir pour être avec eux, discuter, jouer de la musique ou jouer au foot) permet d’avoir un contact plus facile, mais cela ne délie pas les langues de tout le monde pour autant. Certains parlent très peu, ou parfois n’osent pas parler de ce qu’ils ne comprennent pas. Ceux qui parlent le font souvent si bas qu’il est difficile de les comprendre du premier coup. C’est réellement la difficulté avec les plus jeunes, et il est bien difficile d’en identifier la cause : parfois une grosse lacune dans la maîtrise de l’espagnol, peut-être aussi des difficultés trop lointaines (de primaire) qu’ils ne veulent pas révéler, par moments un désintérêt pour la matière ou les études en général,… Jorge disait l’autre jour que c’était très lié à leur culture d’avoir honte de leurs faiblesses, en évoquant que c’était un peuple de fiers guerriers. Je n’ai vraiment pas le recul pour le noter. Mais je pense que l’une des clés pour aider les élèves dans leurs études est d’arriver à créer un dialogue plus franc avec eux. C’est pourquoi j’essaie de trouver les sources de leur défaut de communication afin, si possible, de trouver des parades.

Il ne s’agit donc pas que d’un travail de soutien en mathématiques. Le contexte fait qu’il faut trouver des méthodes de communication adaptées, mais aussi faire en sorte que l’élève accepte d’être aidé, en lui épargnant la honte d’être vu comme celui qui n’y arrive pas.

Catéchèse

A côté de mon travail avec les professeurs de mathématiques, je participe aussi à la catéchèse des plus jeunes avec Fabián. En réalité, c’est principalement un travail de préparation des thèmes et de présence pendant la session, puisque ce sont un ou deux jeunes élèves de quatrième ou cinquième année qui animent la rencontre chaque semaine, en langue awajun. Ce qui m’a posé question, concernant la catéchèse, c’est la simplicité des thèmes abordés. Je me suis demandé si les enfants recevaient vraiment quelque chose de leur foi pendant ces temps de catéchèse. Mais après réflexion, et après avoir observé les premières semaines, je pense que le programme que nous travaillons avec Fabián est bien fait, progressif. Il faut avancer par petits pas, sans précipiter les choses. Quand je vois le niveau de concentration des enfants, je me dis qu’il est bon de gérer les rencontres comme nous le faisons, avec l’expérience de Fabián. En alternant jeux, dessins, lectures, réflexions, prières, on arrive à faire passer un (tout) petit quelque chose chaque semaine. Il n’empêche, et c’est peut être dû à ma propre expérience de foi, que je me dis parfois : « comment peut on passer une heure trente de rencontre à ne transmettre que cela ? » Une question qui suit son cours dans mon esprit, des préoccupations qui restent ouvertes mais que je mets un peu de côté parce que je dois encore me familiariser avec la foi des enfants, que je ne connais que très peu pour le moment. D’ailleurs, le peu que je perçois de cette foi m’invite à être très prudent sur les initiatives auxquelles je pense.

Activités diverses

Pour décrire ce que je vis ici au quotidien, il faut aussi que je mentionne les activités plus épisodiques, moins officielles. En vivant sur le site du collège, je suis bien entendu presque toujours en contact avec les jeunes. Le temps libre après les cours n’en est pas vraiment un : on est toujours sollicité par les élèves, à moins de s’enfermer dans sa chambre (et encore, il faut faire semblant de ne pas être là pour être vraiment tranquille). Par moments, on nous appelle pour demander la clé de la salle télé, ou le téléphone, ou pour pouvoir entrer dans la salle radio. Il arrive que ce soit pour retirer de l’argent (il n’y a pas de distributeur, bien sûr, donc il y a tout un réseau de transmission, qui fonctionne beaucoup par radio), ou pour recevoir les malades ou blessés à l’infirmerie.

Ces petits travaux ne sont pas palpitants, mais ils permettent de rappeler, chaque jour, que je me suis engagé à être présent également à l’internat, avec les jeunes. Et, si ce rappel ne m’enchante pas vraiment quand on frappe à ma porte avant 7h le matin, je dois reconnaître que je suis heureux de vivre cette présence quand nous discutons de nos cultures respectives, quand on m’enseigne quelques mots d’awajun, quand on fait une partie de foot ou que j’enseigne à jouer de la guitare.

Un autre projet est en cours d’élaboration avec quelques élèves : l’idée de faire une petite chorale, ce qui permettra notamment d’améliorer, j’espère, la messe dominicale…

Pour conclure, je dirais que je suis vraiment heureux d’être ici et de travailler dans cette structure, notamment avec les jéstuites. Au collège, je me sens vraiment bien accueilli, attendu, et je me réjouis également de l’accueil des autres communautés jésuites du Pérou (Lima, Piura, Jaén, Nieva,…). Je suis impressionné par l’hospitalité et la confiance de ces communautés. On me propose de découvrir les différentes actions menées par la Compagnie lorsque je suis de passage dans une autre ville, si bien que je me sens très solidaire de leurs travaux. J’évoquais par exemple Radio Marañón dans mon article précédent. Bref, je vois des hommes engagés, qui se battent au nom de leurs convictions pour faire vivre leurs projets, et qui sont clairement animés par ce qu’ils vivent. Je suis ravi de voir que, dans leurs engagements, les jésuites savent faire de la place pour des volontaires, leur accordant une grande confiance et n’hésitant pas à leur confier des responsabilités.

Par Thomas

Découvrir le blog de l’auteur

 Quand je suis né, j’étais noir.
Quand j’ai grandi, j’étais noir.
Quand j’ai peur, je suis noir.
Quand je vais au soleil, je suis noir.
Quand je suis malade, je suis noir.

Tandis que toi « homme blanc »
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu es devenu blanc,
Quand tu vas au soleil, tu deviens rouge,
Quand tu as froid, tu deviens bleu,
Quand tu as peur, tu deviens vert,
Quand tu es malade, tu deviens jaune,
et après ça tu as le toupet de m’appeler:

« Homme de couleurs »

Par David

Consulter le blog de l’auteur

La CASA CANA

Pas de commentaires

La Casa de Adolecentes y niños de Ayaviri accueille 25 enfants entre 7 et 17 ans. C’est une maison d’accueil pour enfants en grandes difficultés familiales, leurs parents ayant dans la plupart des cas pas l’argent nécessaire pour les élever. Il s’agit souvent d’un frère d’une grande fratrie, trop grande pour le parent seul (souvent la femme qui est abandonnée par son mari). Les enfants sont donc dans cette maison pour des durées très différentes, de 1 à 15 ans …

cana-0035.JPG

Les enfants aves Marino l’educateur


La semaine dernière, une personne de Caritas vient me voir en sachant que l’on connait CANA pour me demander si l’on pouvait emmener un petit garçon à cette maison d’accueil. En fait ce petit vivait avec sa mère et ses 2 petites sœurs à Ayaviri dans 10m carres sans eau, ni électricité, ni toilettes. Depuis la mort du mari il y a 3 ans (assassiné durant une grève ayant mal tournée), la mère essaye de survivre en faisant quelques travaux a droite a gauche et n’y arrive pas même si son loyer n’est que de 20soles (5euros). 

Un curé de la paroisse les a rencontré par hasard a l’Hôpital d’Ayaviri, la maman s’était enfin décidée à emmener la plus petite (2 ans), complètement dénutrie, paralysée par manque d’alimentation et faisant de l’hydrocéphalie … Et l’hôpital d’Ayaviri n’a rien fait, parce que la petite était trop proche de mourir… Le curé leur a dit de se rapprocher de Caritas et c’est comme ca qu’on a emmené Cleber, le plus grand (8 ans) pour le placer à la CANA. Sacré moment de voir ce petit (parce qu’il est bien petit et maigrichon) avec ses mains couvertes de verrues a cause de la dénutrition, accueilli par 20 autres enfants qui ont tous des histoires plus ou moins similaires. Au bout de 5 minutes il jouait avec tous les autres, je suis retourné le voir le lendemain; il rigolait et était joyeux … ca devait faire longtemps qu’il n’avait pas eu 3 repas par jour … 

cana 0017

Cleber

C’est avec ces enfants que je passe maintenant tous mes mercredis ! Leur activité habituelle se résumant à aller a l’école, faire leur devoir et laver leur linge, ma « mission » est de leur faire faire … autre chose ! On a donc commencé une chorale (je me la joue un peu Gérard Jugnot dans les choristes…), des jeux coopératifs, des ateliers de pate a sel… et j’espère bien pouvoir développer une activité qui me tiens a cœur : un jardin pour apprendre a cultiver aux enfants et en même temps inclure quelques légumes dans le riz/patates quotidien ! Il faut encore trouver un terrain, puis construire des serres parce qu’a 4000m, les tomates ne vont pas faire les malines bien longtemps !

cana 0013

Pate a sel

J’avais jamais travaillé avec des enfants, et pour l’instant ca se passe plutôt bien ! Les enfants au Pérou ne vont a l’Ecole que la moitié de la journée, donc j’ai avec moi un groupe de grands le matin et un groupe de petits l’après midi. C’est chouette, car cela permet de ne pas les avoir tous en même temps et d’adapter un peu les activités… même s’ils ne sont pas tres difficiles et toujours partants pour toutes les activités proposées par Jatun Runa (mon nouveau surnom… qui veut dire « homme grand » en Quechua !) 

cana 0044

Edwin part a l’école

Avec ces enfants, on passe aussi la majorité de nos dimanches ! C’est souvent pour aller jouer dans un terrain vague (ce qui leur permet de sortir un peu de leur maison), et la semaine dernière, c’était pour une sortie piscine ! Belle aventure de partir avec 25 enfants dont 5 savent nager, dans une piscine (sources d’eau chaude) qui sert plus d’endroit pour se laver que pour se baigner … La couleur de l’eau était un peu différente de nos habitudes françaises, et on sentait beaucoup moins le chlore en sortant ! Peu importe ma journée passée aux toilettes le jour suivant, les enfants étaient ravis ! 

cana 0077

le gringo est bien blanc…!!

cana-0136.JPG 

Jorge 

cana 0107

Nicolas et Heber attendent leur tour


cana-0124.JPG           

La posa   

    cana-0106.JPG

Ernesto 

Un abrazo

Par Yves

Consulter le blog de l’auteur

Mais ça y ressemble fortement !

Que je vous explique un peu …

Donc nous n’avons pas d’eau depuis mai (voir le post sur week-end à Limbé) ce qui dans un hôpital est un chouilla long…

Nous cherchons des solutions plus pérennes que remettre juste le câble pour se le faire voler une xième fois … C’est long ! Il y a plusieurs démarches en cours.

Donc nous avons cherché une solution provisoire ; puisque le problème est au niveau de l’alimentation électrique du forage, pourquoi ne pas mettre directement un groupe électrogène directement à ce niveau ?

Il faut un groupe léger, pour être manié par les gars de l‘équipe d’entretien (il est hors de question de laisser un groupe toute une nuit au forage : pour se le faire voler …), par trop gros (il faut qu’il rentre dans le local) et surtout puissant (la pompe fait 5kW).

Début août, nous avons pris contact avec l’entreprise à Douala qui nous avait vendu le précédent groupe électrogène (celui qui alimente tout l’hôpital lorsque la SONEL décide que c’est trop dur de travailler) qui est L’ENTREPRISE sérieuse ayant pignon sur rue sur le port.

Nous avons rencontré le directeur commercial à qui nous avons exposé notre problème. Celui-ci nous a fait un devis avec une proposition technique (avec pour nom « hôpital chrétien de Pouma », depuis à chaque fois je lui rappelle le vrai nom, il reste sur chrétien) pour un groupe avec moteur diesel et interhoraire ; par contre il nous annonce un délai de 15 jours à 3 semaines avant de recevoir le groupe.

Le temps de se concerter, etc. début septembre nous prenons la décision d’acheter le groupe surtout que nous bénéficions d’une subvention de C2D (programme désendettement avec la France). Je l’appelle pour lui confirmer l’achat le 6 septembre et l’urgence pour l’hôpital (je note une réception pour le 20-25 septembre environ). Le 13 septembre, il envoie un mail avec la facture pour annoncer que la commande est effective dès réception de la moitié de la somme (1ère nouvelle, déjà 7 jours de perdus). Dès le lendemain (14 sept.), Claire fait un virement. Et l’attente commence …

Trois semaines plus tard, je rappelle ce charmant monsieur pour savoir si le groupe était disponible, qui me répond « aucun problème ». Je programme donc une sortie à Douala pour aller récupérer le groupe avec le responsable de l’équipe d’entretien le 28 septembre. Arrivé là-bas, pas de groupe ! Déplacement inutile.

Bon, on va patienter, ce n’est pas comme s’il y avait une quelconque urgence qu’un hôpital ait de l’eau.

Je ne vous dirais pas le nombre de fois que j’ai appelé, que je suis allée sur place pour me faire dire que non, il n’avait pas de groupe …

Le 16 novembre le groupe était enfin disponible. Pendant que les employés de l’entreprise procèdent à des essais nous rencontrons le directeur commercial de la boîte (celui qui nous a vendu le groupe …) pour payer la deuxième moitié du groupe et en profiter pour lui demander une réduction (presque deux mois de retard pour une urgence, ça peut paraitre un peu beaucoup !).

Ce charmant homme nous répond : « je ne vous prends pas pour des imbéciles ! Mais je n’ai pas le pouvoir d’accorder des remises (dans une entreprise, si ce n’est pas le directeur commercial, c’est qui ?), tout ce que je peux vous proposer c’est soit une remise de 20 000FCFA (environ 30 €), soit la visite gratuite d’un technicien un mois après la mise en route pour vérification.

Devant le ridicule de la « remise »  (0,9% du montant global du groupe), nous avons préféré la visite d’un technicien, plus utile pour l’entretien et la bonne marche.

Et nous repartons avec notre groupe …

Arrivés au forage, pour voir le branchement, je lis la notice et remarque qu’on y parle d’essence alors que le groupe est sensé être au diesel d’après le devis et la facture qui parlaient d’un moteur Diesel … Mais là encore on ne nous prend pas pour des imbéciles je suis sûre !

Dès la mise en route, le groupe s’arrête jusqu’à six fois par jour, nous n’arrivons pas à remplir le château d’eau !

Nous appelons donc l’entreprise pour qu’elle nous envoie ce fameux technicien. Je ne compte pas non plus le nombre de fois où nous avons dû appeler, finalement, le 9 décembre (soit 20 jours après notre premier appel), un technicien est enfin venu !

J’ai appris par la suite que ce charmant monsieur bloquait personnellement l’envoi d’un technicien et que c’est le directeur (et propriétaire) même de la boîte qui apprenant la situation nous a envoyé quelqu’un !

J’ai aussi remarqué que nous avions payé un interhoraire (sur la même facture pour être monté sur notre groupe) et que celui-ci n’a jamais été livré … Je me renseigne donc et j’apprends par un technicien que de toute manière celui-ci ne pouvait pas être monté sur notre groupe, celui-ci ne démarrant que manuellement ; mais à ce niveau d’incompétence, est-ce que je m’étonne !

PS : j’ai écris une lettre au service contentieux le 12 février … actuellement aucune nouvelle ! Si vous voulez connaitre le nom de cette formidable entreprise et de son directeur commercial, écrivez-moi !

Par Bénédicte

Consulter le blog de l’auteure