BOFFA, les conditions de vie de la Guinée résumées en une semaine
Depuis mes premiers mois j’en avais entendu parler,
BOFFA, BOFFA, BOFFA,
Amélie tu vas faire Boffa ? heu…. Vu tout ce que tu me racontes j’hésite…
Non mais une foté elle peut pas faire Boffa,
Amélie tu vas vraiment faire Boffa ?
« non mais tu sais sinon tu arrives le mardi, ça fait deux jours en moins »,
Boffa on commence au début sinon on ne le vit pas entièrement.
« Toute façon tout est dans le mental »
Tu fais Boffa alors ? (genre complètement sceptique, tu sais pas ce qui t’attends ma cocotte)
Et ben OUI ! Justement pour te montrer que les Foté sont capables, et pour comprendre aussi la manière de croire ici, la manière de prier, la manière de vivre sa foi.
On était 5 fotés à le faire entièrement et à tenir, un frère, un prêtre et trois volontaires, un a lâché, une autre nous a rejoins en route.
Boffa, une ville à 150 kilos de Conakry. La ville où les premiers missionnaires catholiques sont arrivés. L’Eglise de Guinée a 100 ans, c’est vraiment jeune.
Le 49e pèlerinage annuel avec toutes les paroisses de Conakry et alentours.
Mon plus grand défi physique,
150 Kilomètres en 4 nuits de marche, rythme militaire, on marche 3 heures, dors 2 heures, réveil, marche 2 heures, pause, pas le temps de s’endormir on y va, au pas de course, chants, prières, galères, boule quies, arrivée, déroule ta natte, enlève tes chaussures, allonges-toi sur le goudron ou sur la terre, lèves-toi, douche, douche ? ça c’est une douche ? on court dans les montées, il y a un tronçon appelé Golgotha, on chante pour oublier, pour avancer, pour prier, pour crier, pour ne pas pleurer, pour hurler à toutes ces inégalités du monde et surtout ne te plains pas.
LES GUINEENS M’IMPRESSIONNENT on ne leur arrive pas à la cheville je vous assure.
Boffa c’est rude, comme la vie en Guinée, tu cherches l’eau, t’en trouves pas, t’en trouves elle est tellement verte et puis non toute façon on l’a désinfectée c’est bon on peut se laver, tu manges juste pour te nourrir, tu as mal tu ne te plains pas, tu résistes, tu es solidaire, tu partages, tu es heureux, tu portes des intentions qu’on t’a confiées, t’avances, t’avances, on avance, dans la vie on ne regarde pas en arrière, on est ensemble, wontanara.
Leur pénitence annuelle.
C’est tellement beau à voir, leur joie est incommensurable. Et parfois je me dis mais POURQUOI ils s’imposent une telle douleur, un tel défi mais ça sert à quoi ???
TOUT N’ETAIT QUE JOIE.
Après les 4 jours de marche nous sommes restés la fin de la semaine à Boffa avec les autres pèlerins venus nous rejoindre.
Un monde impressionnant, toutes les générations mais des jeunes surtout, des jeunes des jeunes et encore des jeunes, des milliers, au moins une quarantaine de prêtres, l’évêque, le cardinal, le nonce apostolique.
Il faut faire sa place dans un pays musulman, témoigner, se montrer, crier sa joie d’être chrétien.
Je pense qu’à notre arrivée à Boffa, toute la population le long des routes, qui nous voyait arriver en chantant a dû être impressionnée.
Les 4 jours suivant même sans marche ne sont pas plus reposants, debout 5-6heures avec le jour, on trie le riz, lave les légumes, balaye, lave, lessive, cherche l’eau, cherche un seau, cherche le bois pour la marmite : travail quotidien. Tu vas pas à la prière ? non je prépare le riz…
Les femmes travaillent… et les hommes ???
« Tantie Justine je peux t’aider pour la cuisine ? »
Elle réfléchit…. (est-ce que je vais filer mes fourneaux à une foté)
Non, mais tu peux pas couper les légumes attends un peu, elle me montre son giga-couteau. « Ba si pourquoi ce sont des aubergines, je peux couper des aubergines t’inquiète pas ! »
Tantie Justine à la cuisine
C’est aussi bon de leur montrer qu’on est capables les foté de faire comme eux, de faire la vaisselle, qu’on ne soit pas des assistés !
Mais parfois :
Un ami : « Amélie tu laves mon linge ? » Et là j’ai pensé très fort: « Mon ami tu rêves, tu prends ton savon, tu cherches ton eau et ton seau et tu frottes, c’est pas la foté qui va te laver ton linge !
Ça va non !! mais il faut voir les femmes, sur le ton de la blague quelqu’un m’a dit « elles n’ont pas voix au chapitre les femmes africaines», sur le ton de la blague mon œil…
Une conviction incroyable
La rage de vivre est énorme, ici la vie est un combat quotidien, tu te bats pour 3 sous mais tu n’es que joie.
Une conviction, une résistance, une foi, une détermination, je n’avais jamais vu ça.
Boffa c’est la semaine qui m’a le plus marquée depuis le début, qui m’a vraiment fait comprendre les conditions de vie rudes, les inégalités qui me dégoûtent avec les pays occidentaux.
Le cardinal Robert Sarah, une personne exceptionnelle, guinéen nommé près du pape, responsable de la caritas du monde, il a marché avec nous, certains le rêve en tant que premier pape africain. Et lui de dire « En Europe là-bas dans l’avion vous vous asseyez à côté d’une valise, personne ne se parle », et c’est vrai, ici on demande 15 fois par jour comment ça va, bien dormi ? bonne digestion, bonne nuit, invitation, on parle, on rit, on chante, on discute, c’est vivant !
« La charité opère dans la foi, la charité guérit l’âme » Cardinal Robert Sarah
Leur façon de croire, de prier est belle, ils sont convaincus, tous les jeunes, TOUS. Ils sont convaincus de leur foi.
Chemise repassée, pantalon de costume, chaussure qui brillent « Dis-donc t’es bien sapé là ! » et l’autre de répondre en allant à la messe très sérieusement « Rien n’est trop beau pour Dieu ».
Même en pèlerinage, ils sont en train de cirer leurs chaussures, chemise, veste, parfum, comme pour un mariage.
Habillés comme pour un mariage !! les femmes avec leurs basins, leurs complets, leur coiffe, leurs bijoux. Un vrai défilé.
Boffa, je l’ai fait
« Amélie vraiment t’as été brave »
« Félicitations »
« Tu as marché ? toute la marche ? » bravo vraiment
« elle a été courageuse la blanche »
Back from Boffa: 4h de pick-up, ça décoiffe
Oui maintenant, je vais mettre un mois à m’en remettre, je suis complètement décalquée, mais j’ai compris tellement de chose,
Il faut le vivre pour le comprendre, se lever à 6heures avec eux, trier le riz avec eux, prier avec eux. Il faut le vivre pour le croire.
La vie en France est tellement facile… c’est révoltant.
Prolonge, prolonge pas ??
Mon éternelle question depuis des mois, un jour oui, un jour non.
Maintenant que je suis bien intégrée, que ma mission est top, que j’ai des amis, des vrais amis complètement ouf, que j’aime tellement ce pays, que la joie est tellement énorme, que je suis tellement heureuse que je pourrais capitaliser tout mon temps d’intégration, que je suis habituée aux conditions de vie, que je connais les codes pas tous mais assez, que la vie est extraordinaire, que j’aime tellement la Guinée.
Et puis je crois qu’il faut reconnaître ses limites, je crois qu’un an de plus je n’en serais pas capable, je crois que la vie est dure, que toute seule c’est dur, que je suis fatiguée, mon estomac m’a lâchée, la biseptine c’est de la rigolade en Afrique, que les antibio ça me saoul, qu’un litre d’eau par douche, la bougie le soir encore un an j’y crois pas trop…. Même avec tout le courage du monde… La Guinée c’est dur, c’est épuisant, ça rince, ça aiguise les émotions.
Je n’ai pas ce courage de me donner et de m’oublier encore un an, c’est égoïste mais je crois que là j’ai atteint ma limite. Et puis j’ai envie de rentrer, de vous revoir.
Come back en août ou un peu après jusqu’à l’arrivée d’un remplaçant je l’espère fortement. Je ne suis pas du tout dans le retour, je pensais qu’il serait facile, je sais à quoi m’attendre, mais je crois aussi que ça va être dur, trop dur… de quitter les gens ici, la vie d’ici, la simplicité, la bonne humeur quotidienne pour reprendre mon train train de vie banale française. Mais après tout, on choisit sa vie, de s’ennuyer ou pas et pour ça j’ai déjà des nouveaux projets en tête…

En attendant, tout passe trop vite, donc chaque instant compte, je vais certainement former une autre personne, coordonner le programme médical si j’y arrive et puis mes rééducations toujours plus variées : laryngectomie, fente palatine, trisomie 21, autisme, IMC, AVC j’en passe et des meilleures.
Déménagement
Il vous reste quelques mois pour vous envoler vers la Guinée et découvrir la vie d’ici, visiter mon nouveau chez-moi ! enfin j’ai déménagé !! 3e étage, pas d’eau, pas de courant, un frigo et lavabo juste pour la déco, camping mais au moins je suis chez moi, c’est ce qui compte. Vue sur la mer au loin, Conakry de haut, terrasse immense qui peut accueillir toute la famille cousins, tante, frères et voisins si vous voulez ! vous êtes bienvenus !! Conakry c’est la folie !
Maintenant j’ai le haut-parleur de l’imam en plein dans les oreilles toutes les nuits et il ne fait pas semblant on est sûrs de l’entendre !! j’ai pris le réflexe boule quies toutes les nuits à 4h45.
Demi-tour de Guinée
Mes frères et sœurs ont passé 10 jours en Guinée. Nous avons voyagé un peu à l’intérieur histoire de sortir de l’étouffante Conakry city.
Un périple….comment dire Aventurier.
Ma belle-sœur saurait vous vanter tout le bonheur de voyager avec nous !!!

Des petits problèmes de chauffeur, trois crevaisons, 30h de voyage au lieu de 10. une nuit dans la brousse à l’improviste accueillis par le chef du village et logés chez l’imam à dormir sur des nattes avec deux mangues et trois sachets d’eau pour tout le monde.
De la piste, de la piste et encore de la piste, pas de réseau pour prévenir qu’on est vivants, 200 000 de carburant siphonnés, 5 heures de détour sur la mauvaise route, la voiture qui ne démarre plus, au final, on a laissé notre chauffeur à Koundara, il n’aimait pas trop parler avec Aude ou moi, les femmes qui donnent des ordres c’est pas trop son truc, surtout il fonçait en disant « Koundara, moi tu dis que je connais pas Koundara » avec un œil défiant.
Oui mais en attendant il ne connaissait vraiment pas Koundara et c’était un vrai plan foireux mais au moins on a dormi chez l’imam, la chose qui ne nous arrive peut-être qu’une fois dans notre vie !! c’était pour une intégration culturelle hors norme…. On saura me remercier plus tard ;-)

Là-bas nous avons passé du temps avec des volontaires DCC, ça m’a fait beaucoup de bien de retrouver cet esprit que j’aime tant, de voir un peu comment on vit une coopé en brousse ce qui n’a rien à voir avec Conakry.
Nous avons poursuivis la route vers Labé, la 2e ville de Guinée, la plupart de mes collègues viennent de là-bas. Ville peul, nous avons été accueillis par la famille de la présidente, sa maman, ses oncles, ses tantes, ils nous fait toute l’histoire, un bain de culture, une gastronomie, un tour au marché, jeu de tarot, GROSSE PLUIE ma première depuis l’année dernière.
Dalaba avec Djouma qui nous a fait visiter toutes ses pépinières, ses ruches, ses champs de pommes de terre qui pousse en 3 mois, derrière on cultive des carottes, derrière des tomates, ça tourne toute l’année, la terre est riche, les légumes extra.
Ce guide est un guinéen rare, il se bat et il est impressionnant, il travaille dur, il connaît tous les noms des arbres et des plantes, il est très intéressant et on ne s’ennuie pas, passage vers les femmes pour la fabrication des léfa, négociation des tapettes, le pont de Dieu (cascade).
Nous avons continué vers Mamou, arrêt rapide chez d’autres volontaires, puis les chutes de Kilissi, une bonne baignade, et retour à Conakry, soirée à la plage avec les amis, le coffre plein de mangues, ananas, tomates pour leur offrir.
10 jours incroyables, tellement fatigants mais tellement reboostants.
J’étais heureuse de partager mon quotidien, de présenter les gens avec qui je travaille, mes amis, ma voisine, mes patients. Ils m’ont filé un bon coup de main et petit à petit je découvre des trésors culinaires à foison dans mes cartons : du grand bonheur!
Je n’ai pas de mots, c’est bon de partager mon quotidien. Je ne peux que leur dire merci.

Anecdotes
- Il n’est pas là le « peut-être » chauffeur ? – Bon on lui avait confié deux moutons la nuit mais un est mort, il est venu à 7h mais il doit s’expliquer avec le propriétaire et reviendra après.
- Amélie tu ne retiens pas ces histoires de moutons j’espère !!!
A. 16 ans :
Chance
Chanter
Chanson
Chanteur
Quel est l’intrus ?
Chance.
D’accord et ça veut dire quoi avoir de la chance ?
Réponse : avoir la chance c’est celui qui part en Europe.
Aliou, il va pleuvoir là non ? il fait tellement chaud, tu as vu le ciel. « Ah ça je ne sais pas », mais il fait lourd là, « oui là je ne mens pas », la nuit peut-être alors ? « hé je peux pas te dire sinon ça trouvera que je suis menti et tu veux que je suis menti ?
La discussion qui sert à rien…
La pluie
Le première de l’année est arrivée une nuit à Conakry, un lundi soir fin avril, ça tapait sur les tôles mais j’ai savouré le bruit. Un moment j’ai hésité pour les boules quies mais non c’était bon d’entendre ce bruit. Elle est rare la pluie, à quand la prochaine??! Le ciel est tellement lourd.
Les mangues
Elles affluent toujours autant,
Un jour j’étais vraiment sceptique de voir le manguier de la cours encore avec des petites pousses de mangues alors qu’il avait donné en janvier. Je demande, ce sont des mangues qui vont pousser à nouveau ? ba oui. Mais c’est normal ? ba oui ça pousse 3 fois, 4 fois par an pendant 6 mois tu as des mangues.
Je comprends qu’on ne se soucie pas du lendemain, tout pousse ici…
Et moi de penser, non mais en France les cerisiers ça donne une fois et puis point barre comment c’est possible 4 fois sur le même arbre ??!
Un jour je monte dans un taxi, dans la rue on me dit : « Ta propreté m’a embalisé, tu es soli, bien arrêtée, je veux t’épouser ». DANS TES RÊVES laisse-moi tranquille!
Ah oui, les élections n’auront pas lieu le 1er juillet comme annoncé, l’opposition manifeste aujourd’hui… tout est fermé, tout le monde reste campé, ça chauffe mais tranquillement pas de quoi s’inquiéter. De votre côté que notre nouveau président vous plaise ou non, soyez contents au moins on a des vrais élections, un vrai droit de parole!
Tchao banco à bientôt
Surtout n’oubliez pas de donnez-moi des nouvelles c’est important,
Portez vous bien
Amélie

